lundi 29 novembre 2010

The Orchard de Ra Ra Riot (2010)

En cette période de grand froid qui glace mes doigts et ralentit considérablement mon rythme d'écriture -la météo a bon dos en terme d'excuses-, je vais vous parler d'un album sorti fin août que j'ai appris progressivement à savourer. Ra Ra Riot est un groupe américain originaire de Syracuse qui s'appuie sur le chant de Wes Miles (qui officie aussi dans le groupe Discovery avec le claviériste de Vampire Weekend Rostam Batmanglij) et les violons de Rebecca Zeller entre autres. The Orchard est leur deuxième opus après The Rhumb Line sorti en 2008, album que je n'ai pas écouté à sa sortie.
     Me voilà donc tel une page blanche face à Ra Ra Riot, page ne demandant qu'à être recouverte d'écritures musicales en tout genre. 1.The Orchard, le titre éponyme de l'album, me séduit d'emblée. La douceur de la voix et les violons intimistes réchauffent l'atmosphère et ne sont pas sans me rappeler Owen Pallett. 2. Boy, un autre des meilleurs de titres, s'appuie sur une rythmique très rapide imposée par la batterie que les violons viendront appuyer. On retrouve toute l'énergie d'un Arcade Fire pour un titre résolument pop. La même dynamique est préservée par 3.Too dramatic avec la course effrénée de ses violons qui met encore plus en valeur la puissance mélodique du titre.
    Après un 4.Foolish tout en douceur et retenue, 5.Massachussets s'impose comme un des titres-phare de l'opus. Les choeurs viennent prendre le pouvoir, toujours chaudement entourés des violons, et nous plongent dans l'univers de leurs comparses de Vampire Weekend. Un titre très riche à savourer sans modération. 6.You and I know est, quant à lui, un des derniers grands morceaux de l'album, porté par une sublime voix féminine et une montée finale autant inattendue que savoureuse. La fin de The Orchard perd légèrement en intensité malgré les rythmes intéressants de 7.Shadowcasting et 8. Do you remember. En bref, un bel album qui souligne toute la noblesse du violon au service de la pop.

 





Sylphe

samedi 27 novembre 2010

Le bonheur fantôme (2007) de Bazbaz


Je ne sais pas pour vous, mais ici il neige. Donc il fait froid. Donc c’est la bonne occasion pour se réchauffer.

Cette semaine, direction Bazbaz. Camille Bazbaz, ancien clavier de feu Le cri de la mouche. Ce groupe a officié entre 1987 et 1992 avec quatre galettes et un bon hard rock inspiré des années 70. On se souviendra entre autres de J’aime les escalators et Les seins de ma femme. Du rêve en barres.

Changement de direction totale pour Bazbaz après la dissolution de la formation. Il se lance dans un mélange de dub, reggae et rock des années 60. Passage chez Les Satellites, puis le projet Bazbaz Orchestra qui enfantera d’ailleurs d’un album avec Winston McAnuff. Et Bazbaz entame une carrière solo.

Le bonheur fantôme est son 4e opus solo, sans aucun doute le meilleur. Mettez le CD dans la platine et appréciez. L’album balance entre des comptines construites sur la répétition (comme Excès d’abus, Sans toi, Dis-le, Ritournelle) et des déclarations d’amour sensuelles et magnétiques : Mon allumette, Tout c’que tu veux, L’égérie, Ma belle évanouie par exemple.

L’ensemble est soutenu par l’incontournable piano Fender Rhodes du monsieur,  piano tout droit sorti des années 60. Un bon gros son chaud et rond, une belle ligne de basse et régulièrement des rythmiques reggae, voilà une recette qui fait du bien. Ajoutons à cela le talent d’écriture de Bazbaz : « Je ne suis qu’un con d’homme/Dans un con de femme », « Je voudrais que tu sois légère, légère/L’égérie de mes nuits » et des dizaines d’autres trouvailles textuelles  du même genre qui placent Le bonheur fantôme au quasi-niveau d’un Gainsbourg au meilleur de sa forme.

Pour couronner le tout, une partie des morceaux a été enregistrée en Jamaïque, sous la houlette de… Winston McAnuff, celui-là même qui avait déjà bossé avec Bazbaz et qui est surtout une grosse référence reggae.

Ces différents ingrédients font du Bonheur fantôme un disque enivrant, sexuel et jouissif qu’il est bon de se passer en boucle. Chaque morceau formant d’ailleurs une sorte de boucle en lui-même, le CD écouté en boucle donne cette sensation vertigineuse que le meilleur est passé ou reste à venir, alors qu’il est aussi là, à la seconde actuelle. Comme une impression de faire l’amour pendant 57 minutes, ou bien plus si on active le repeat…

Le bonheur fantôme s’écoute donc avec son amoureuse/son amoureux, ou tout du moins en pensant à elle/lui. Il n’est pas interdit de l’écouter nus.




Petit bonus live...



Raf against the Machine

mercredi 24 novembre 2010

Clip n°13: The Suburbs d'Arcade Fire

     Jeudi dernier, Arcarde Fire a présenté sur son site son nouveau clip The Suburbs, extrait de son dernier album éponyme.  Cette vidéo a été réalisée par Spike Jonze, réalisateur entre autres de Dans la peau de John Malkovich, de Max et les Maximonstres  mais aussi des clips Drunk Girls de LCD Soudsystem ou encore Weapon of Choice de Fatboy Slim ; rien que ça !! Déjà au printemps dernier, le réalisateur annonçait travailler avec le groupe canadien sur un projet de court métrage ayant pour thème un groupe d'amis qui se sépare arrivé à l'âge adulte.
     Ce clip en est peut-être un avant-goût. Spike Jonze y montre les aventures d'une bande de teenagers dans une banlieue américaine. Heureux et souriants au départ sur leurs vélos, ils s'amusent comme ils le peuvent, de manière plus ou moins raisonnable. Mais, au fur et à mesure, leurs visages et l'ambiance générale du clip s'assombrissent car la réalité et sa violence reprennent le dessus. C'est l'angoisse, la peur, la trahison, la perte de confiance et pour finir l'impuissance qui l'emportent sur le bonheur et l'innocence. Le groupe se déchire.
     L'image de fin, nous laissant réfléchir sur un beau ciel bleu qui malheureusement voit trop souvent des nuages gris pour l'obscurcir...




Emma

dimanche 21 novembre 2010

The Hundred in the Hands de The Hundred in the Hands (2010)

Le dernier gros coup de coeur live s'appelle The Hundred in the Hands, nom d'une bataille du chef indien Crazy Horse connue aussi sous le nom de Fetterman Massacre, qui a illuminé la première partie des célébres !!!. Une soirée 100% Warp car il est désormais notoire que le label électro élitiste s'ouvre aux autres genres. J'avais déjà entraperçu le duo de Brooklyn composé de la gracieuse Eleanor Everdell (déjà entendue sur le Dear Science de TV on the radio) et du roi des machines Jason Friedman à la Route du Rock cet été mais les conditions météorologiques un poil déplorables ne m'avaient permis  d'entendre que 2-3 titres à travers les parois de mon way-k comme dirait l'autre. Heureusement ma relation avec The Hundred in the Hands ne se déclinera pas éternellement sur le mode des rendez-vous manqués et j'ai bien pu savourer leur performance live. Depuis ce temps, leur album éponyme tourne régulièrement sur ma platine et je me décide à vous toucher quelques mots de ce petit plaisir égoiste en voyant que de toute façon la blogosphère musicale a fini elle aussi par approcher notre duo américain.
      Pour définir leur son et gentiment se moquer des journalistes qui aiment tout catégoriser, ils aiment affirmer qu'ils jouent du "summertime gothic", expression où il faut juste garder la notion de contraste. Summertime pour une électro-pop sucrée qui aime flirter avec les pantalons à pattes d'éléphants de la disco, gothic pour cette volonté de créer une musique sensuelle qui aime se baigner dans des atmosphères volontiers sombres.  De cette foule d'influences naît un superbe album capable de tenir la distance sur ses 11 titres. 1.Young aren't young offre d'emblée une électro-pop sucrée qui s'appuie sur les synthés et la voix tout en douceur d'Eleanor, à laquelle viendront se greffer de beaux choeurs sur la fin du morceau. Un des intérêts de l'album c'est la capacité d'Eleanor à moduler sa voix et à jouer sur divers registres avec tout autant de succès, comme le prouve le très bon 2.Lovesick (once again) d'inspiration plus rock où Eleanor se fait plus sombre. Un morceau tout en tension et sensualité qui n'est pas sans rappeler l'univers de Yeah Yeah Yeahs. Après un 3.Killing it tout en simplicité et douceur, 4.Pigeons s'impose majestueusement comme un des titres-phare de cette année, de l'électro-pop ingénieuse particulièrement entraînante avec sa batterie incisive. Un titre addictif à haut pouvoir mélodique.
       5.Commotion séduit par son accélération pop-rock assez inattendue qui sonne Bloc Party au bout d'une minute  , 8.Gold Blood se veut plus punk avant que 9.Dressed in Dresden ne nous fasse définitivement baisser la garde. Des accords de guitare incisifs, une basse chaude et la sensualité d'Eleanor qui transpire par tous les pores du morceau. Imparable tout comme l'excellent 10.Last City très entraînant ou l'intimiste 11.The Beach qui clot l'album.
     Une bien belle découverte à vite aller voir en live si vous le pouvez car leur performance scénique donne encore plus de tension à l'album studio.

 



Sylphe

samedi 20 novembre 2010

The Dark Knight (2008) de Hans Zimmer et James Newton Howard



Une fois n’est pas coutume, nous allons parler cinéma aujourd’hui. Plus exactement musique et cinéma, en allant (re)découvrir une pépite parmi les pépites.
Début 2008, il se confirme que Christopher Nolan est à la tête d’un nouveau Batman. Après avoir rebooté la série avec l’excellent Batman Begins, Nolan remet le couvert : The Dark Knight est sur les rails. Le 13 août 2008 débarque sur les écrans français ce film incroyable, réunissant Nolan à la réalisation, Bale en Batman et Heath Ledger en Joker psychopathe.
Le long-métrage aura le succès qu’on lui connaît, succès dû en bonne partie à l’alchimie entre le talent de Christopher Nolan et une bande son extrêmement aboutie.

Les 14 morceaux qui constituent la galette nous baladent allègrement entre trois ambiances : des moments de grande tension (le Joker), d’autres assez épiques et lyriques (Batman) et enfin des climats plus doux (Harvey Dent, avant qu’il ne devienne Double Face). Cette alternance est possible grâce à la composition en duo de Zimmer et Howard : le premier s’est plutôt chargé des musiques accompagnant Joker, Howard a géré le reste. Le binôme avait d’ailleurs déjà officié sur Batman Begins.
Les deux compositeurs n’en sont pas à leur coup d’essai. Zimmer a déjà signé un nombre impressionnant de BO, parmi lesquelles Pirates des Caraïbes, La ligne rouge, Mission Impossible 2, Sherlock Holmes ou Inception. De son côté, Howard a travaillé sur King Kong, Sixième sens, Collateral ou Je suis une légende.

La BO du Dark Knight a ceci d’intelligent : elle vient systématiquement soutenir l’image, et réciproquement. Exemple avec l’ouverture du film : les cadrages de Nolan sont inquiétants, silencieux, jusqu’à ce qu’on remarque au fond de nos tympans une ligne sonore stridente et angoissante qui s’insinue petit à petit. Alors que, petit à petit également, nous découvrons à l’écran le premier méfait du Joker.
Autre exemple avec la clôture du film : sans dévoiler la fin, on peut dire que le plan final montre Batman s’éloignant sur sa moto, dans une fuite inévitable. Pour qui a vu le film, les dernières images sont saisissantes d’émotion et d’appel d’air, appel d’air qui nous est apporté par le souffle épique du thème surpuissant qui débarque dans nos oreilles.
Entre le premier et le dernier plan, 2h40 d’images époustouflantes et de sons dévastateurs. On ne ressort pas intact d’une projection du Dark Knight. Parce que le film est atrocement sombre et désespéré et que les thèmes liés au Joker l’y aident. Aussi parce que la bande originale réserve de beaux moments remplis d’émotion et d’air frais bienvenu. En cela, elle aide aussi à encaisser un film coup de poing.

En un mot comme en cent : ruez-vous sur cette excellente bande originale et profitez-en pour (re)voir The Dark Knight. « Avez-vous déjà dansé avec le Diable au clair de lune ? » : oui, au son de ce magnifique album.


Raf against the Machine

mercredi 17 novembre 2010

Clip n°12: Last Leaf de Ok Go

     Et oui, les revoilà ! Encore eux ! Je vous rassure, je n'ai aucun contrat particulier avec ce groupe, mais force est de constater que ces musiciens sont vraiment créatifs et sont passés maîtres en l'art de concevoir des clips. Encore une idée originale, étonnante et plutôt amusante pour Last Leaf, cinquième single extrait de leur troisième album. Une réalisation de Geoff Mcfetridge, utilisant la technique d'images par images avec pour seuls sujets des toasts. En effet, seuls "quelques" tranches de pain grillé, différents dessins gravés dessus et surtout beaucoup de patience ont suffit pour cette nouvelle vidéo. Une animation belle et savoureuse se déroule ainsi sous nos yeux, illustrant élégamment un morceau agréable.
Bonne dégustation !




Emma

dimanche 14 novembre 2010

Lone Ranger d' Abberline (2010)

En ce dimanche bien maussade, rien de mieux que de déroger aux habitudes de ce blog qui ne présente jamais d'EP. Allez savoir pourquoi, il faut croire que les LP vampirisent tout et attirent notre totale attention. Rectifions donc le tir aujourd'hui avec Lone Ranger, premier EP d'Abberline, un groupe toulousain qui aura au moins le mérite grâce à l'idée faite de la Ville Rose de nous mettre un peu de soleil en tête. Cependant je stoppe rapidement vos envies de soleil car Abberline - de Frederick Abberline, inspecteur de police de Londres qui a pisté un certain Jack l'éventreur- baigne plutôt dans un univers glacial et particulièrement anxiogène. Abberline c'est avant tout de la new-wave et du glam-rock qui réveille les spectres de Bowie voire Queen, une BO de film d'horreur que John Carpenter n'aurait très certainement pas reniée. Il serait cependant schématique d'en rester là tant on sent poindre le second degré dans ces cinq titres, Abberline est avant tout un groupe qui aime jouer la comédie et nous le fait sentir, ce qui empêche toute emphase dramatique et nous plonge au sein d'une doucerette Halloween. Finalement dans la démarche Abberline me fait singulièrement penser à Dead Man's Bones sans les choeurs enfantins omniprésents.
      Le résultat de ces cinq titres est avant tout marqué par le sceau de la diversité, tant les morceaux explorent des pistes variées. 1.Gravity commence sur quelques notes graves qui me rappellent les premières secondes de Deeper Underground de Jamiroquai puis l'orgue vient  nous éclabousser de son aspect imposant. La voix sortie d'outre-tombe commence déjà à nous faire frissonner quand le piano associé aux synthés vient donner une tournure différente au morceau. Les boucles répétitives apparentent davantage le morceau à une danse macabre totalement désarticulée. Un superbe morceau d'entrée qui n'est pas loin de se placer comme mon morceau préféré de l'opus. 2.Lone Ranger, le titre éponyme, évoque dès les premières notes l'atmosphère étouffante d'Archive à laquelle vient se greffer la voix sublimement grave du chanteur, une voix qui évoque par certaines nuances Bowie. Certes les choeurs tentent d'éclairer quelque peu le titre mais l'ensemble reste sombre. Un beau morceau plus électro qui me fait penser à Ez3kiel.
  3.The man who feels nothing, qui s'appuie sur le beat du générique d'Amicalement Vôtre, s'impose quant à lui comme un morceau volontairement plus pop, ce grâce à une voix féminine et surtout à la voix du chanteur qui monte superbement dans les aigus.  4.We rule the night suit la même direction en mêlant glam-rock et pop 80's, les synthés se faisant cependant un peu trop présents. 5.Without a face clot superbement l'EP avec ses riffs de guitare acérés qui insufflent un souffle rock bienvenu et confirment définitivement que Abberline possède une belle palette à son actif. Cet EP laisse entrapercevoir de bien belles choses et on surveillera avec attention la suite des aventures de ces toulousains pleins d'espoir.


Sylphe 

samedi 13 novembre 2010

Exile on main street (1972/2010) des Rolling Stones


Je vous avais promis de la pépite de CDthèque, en voilà une bonne, une vraie, une authentique : Exile on main street (également orthographié Exile on main St.), pondu par les Rolling Stones.
L’opus approche de la quarantaine. Il est non seulement considéré comme un des meilleurs albums des Stones, mais aussi comme un des meilleurs albums de rock, tout court. Vérifions cela.

Tout d’abord, Exile est le seul double album studio des Stones. Ce qui en soi, ne veut rien dire, puisque la quantité ne fait pas la qualité. Pourtant, les 18 titres originaux ont permis aux Stones d’étaler l’éventail de leurs talents, en explorant tour à tour le rock’n’roll (Rip this joint), le blues (Shake your hips, Ventilator blues), le gospel (I just want to see his face), le boogie (Casino boogie)… Bref, toute la musique qu’on aime, celle qui vient de là.

Ensuite, Exile on main street est auréolé de légendes sulfureuses comme le monde du rock les aime. Eté 1971, les Stones louent la Villa Nellcôte à Villefranche-sur-Mer, sur la Côte d’Azur. La cave servira de studio d’enregistrement. Enfin, lorsque les Stones seront en état d’enregistrer. Autrement dit, lorsqu’ils ne seront pas stoned (ah ah ah !). Si le vin français a trouvé là de fameux amateurs-consommateurs, il laisse également la place aux pétards et à l’héroïne, en quantités bien évidemment stoniennes.
De ce fait, Exile est une sorte d’incarnation musicale du tryptique « Sexe, drogues et rock’n’roll ». Ah oui, mais me direz-vous, mon cher Raf, vous n’avez parlé que de rock et de drogues. Patience, j’y viens. Les légendes les plus folles ont couru sur cet exil français des Stones : des orgies sexuelles interminables, égayées par des filles à poil courant dans la villa. Une sorte de loup y es-tu qui se termine fatalement par une rencontre  avec le Loup. Légende quand tu nous tiens, en dépit des déclarations de Keith Richards : « Il n’y a jamais eu vraiment d’orgies : on ne pouvait pas écrire, composer, jouer et faire la fête en même temps ». J’espère que, comme moi, la seule chose qui vous fait marrer dans cette phrase, c’est le « vraiment ». Sacré Keith !

Enfin, l’année 2010 a vu la sortie d’un documentaire making-of, sobrement intitulé Stones in Exile. Occasion en or pour rééditer Exile, agrémenté d’un deuxième CD d’inédits. Ces derniers sont en fait des instrumentaux de l’époque, agrémentés de voix et chœurs réenregistrés en 2009. Malgré l’opération commerciale évidente, cette édition Deluxe est tout de même une aubaine pour nous : redécouvrir Exile avec 10 titres supplémentaires qui enrichissent encore l’expérience.

Que faut-il donc finalement penser de Exile on main street ? Du bien, rien que du bien. Il suffit d’entamer l’écoute de l’album et de se plonger avec délectation dans ces 18+10 titres. La voix de Jagger, tantôt rugissante, tantôt canardesque ; les riffs de Richards, gras et dévastateurs ; la finesse rythm’n’blues de la formation musicale. Tout y est, et même plus. On comprend difficilement qu’à sa sortie, Exile ait fait l’objet d’un accueil mitigé. On comprend beaucoup mieux son statut d’album culte et référence aujourd’hui.
Exile réussit le tour de force de regrouper toutes les racines de la musique populaire américaine, tout en affichant l’unité diablesque d’un bon vieil album sorti tout droit du delta du Mississippi. Un des meilleurs albums de rock ? Sans aucun doute. Un des meilleurs des Stones ? Non : LE meilleur.




  
Raf against the Machine

jeudi 11 novembre 2010

Interview n°3 Abberline

   Pour cette troisième interview, c'est avec le plus grand plaisir que nous accueillons Abberline, un jeune groupe toulousain qui vient de sortir un EP intitulé Lone Ranger dont on vous parlera dès demain. Sur ce installez-vous et faites connaissance avec Abberline!
1/ Bonjour, pourriez-vous tout d'abord vous présenter?

Nous sommes Abberline, un groupe de musique glam aux accents électroniques, voire rock parfois. Nous sommes de Toulouse, ça fait deux ans qu'on tourne ensemble et on vient de sortir notre premier maxi vinyle.
2/ D'où vient ce nom de groupe?

Je l'ai trouvé quand j'ai vu à Londres un téléfilm sur la BBC sur Jack l'Éventreur. Je suis très fan de l'esprit Victorien, comme tout le monde je crois ! Et dans ce téléfilm, il y avait l'inspecteur Abberline, qui a existé, et qui a enquêté sur Jack l'Éventreur.  J'ai trouvé que le nom était super, et je l'ai gardé quand j'ai monté mon groupe.
3/ Comment définiriez-vous votre musique?

Comme dit plus haut, on croit qu'on fait du glam, qu'on est un groupe de rock, malgré le fait qu'on soit un groupe de synthés, mais après c'est pas vraiment à nous de dire ce qu'on fait. J'écris des chansons et on les met en musique ensemble. Après, ça peut être n'importe quoi finalement. Un titre peut être très sombre ; l'autre plus pop et dansant.
4/ Pourriez-vous ns dire quelles sont vos influences et quels artistes/groupes vous aimez ?  (je mets une petite pièce sur Depeche Mode et Bowie personnellement)

Tu vas perdre ta pièce ! Évidemment qu'avec des machines et un chant, t'es vite mis dans la case Depeche Mode. Tant mieux, y'a pire, mais c'est pas vraiment notre principale influence, Bowie non plus, en tout cas pas tant que ça. On aime tous des choses différentes, pour ma part quand je compose, c'est plus des artistes comme Polnareff, Queen et même des musiques de film comme celles des Goblin ou de François de Roubaix qui m'inspirent vraiment. C'était une pièce de combien déjà ?
5/ Quel titre de l'EP le représente le mieux et pourquoi?

Je dirais We Rule The Night, qui représente en même temps les arrangements un peu ambitieux et la volonté d'une écriture simple et efficace.
6/ Vous êtes de Toulouse, comment est la scène musicale là-bas?

Bien et nulle à chier a la fois. C'est chez nous, on connait par cœur, alors on est plus très objectif. Il y a de très bon groupes comme Dunst, MadMoizel ... et il y a une vraie scène locale, bien que je déteste ce mot qui enferme la musique dans un régionalisme dégueulasse, mais c'est comme ça.
7/ Quel jeune artiste aimeriez-vous aider à promouvoir?

Bin nous déjà ! On démarre à peine en fait, deux ans c'est rien pour une formation !
8/ Quel est en ce moment votre groupe/artiste préféré?

Pour moi en ce moment c'est Devo en boucle et Turzi, que j'écoute toujours avec autant de plaisir. Mais pour Jean, le clavier du groupe c'est plutôt Meg et les trucs sirupeux japonais du moment. Je sais pas pourquoi, mais il est dingue de ça !
9/ Si nous devions détruire tous les albums musicaux sur Terre lequel sauveriez-vous?

Je crois qu'on garderait un truc de Chic, ça ferait l'unanimité entre nous 5, et on pourrait danser !
10/ Et si vous deviez ne sauver qu'un titre lequel serait-ce?

Il y en a trop de bien pour n'en sauver qu'un seul !
11/ Une question qui ne vous a jamais été posée et que vous aimeriez que l'on vous pose?

C'est dur de faire un disque ?
Oui, parce que personne ne t'aide. Le milieu musical c'est toujours des gens très motivés par ton projet, des assos prêtes à mettre des billes dans ton truc, et en fait, tu te rends compte que t'es tout seul pour mener ton projet en autoprod ... Finalement, c'est peut être pas si mal ! Et puis non, parce que dans ce lot, y'a des gens qui t'aident vraiment. Je pense à tous les gens qui ont bossé gratos sur la pochette, ou à Dounia Chemsseddoha qui nous a fait les photos du livret du disque, et qui sont splendides.
12/ Et maintenant un peu de place pour dire ce que vous voulez.

Écoutez ABBERLINE, faites vous une opinion et venez nous voir en concert ! On a eu plusieurs chroniques du disque, et on est toujours très étonné et heureux de voir qu'on inspire toujours quelque chose de tranché ... Certains aiment notre délire, notre univers, d'autres nous trouvent un peu pacotille et carton pâte; pourquoi pas ! En tout cas, c'est jamais mou, et ça c'est bien.

mercredi 10 novembre 2010

Clip n°11: Heart de You!

     Pas grand chose à vous proposer cette semaine malheureusement. Mon regard s'est cependant un peu plus longuement attardé sur le clip Heart du groupe parisien You! que sur les autres.

     L'idée du réalisateur David Bertram est intéressante et originale : un jeune homme arrive dans un bel appartement parisien pour participer à une soirée. Tout sourire au départ, il débarque comme si on n'attendait plus que lui, mais peu à peu son visage se décompose car il se rend compte qu'il est totalement impossible de voir les visages des invités... L'univers proposé est donc intrigant mais malheureusement nous restons un peu sur notre faim.
     Je vous laisse tout de même découvrir ce clip et profiter du titre, de sa mise en image créative et de certains plans très bien réalisés pour ne jamais découvrir leurs vrais visages...


 
 


Emma

dimanche 7 novembre 2010

Monstre-toi (1995) de Jad Wio


Voici quelques heures, Maître Sylphe s’est inquiété de mon sort, ne m’ayant plus vu sur ce blog depuis deux semaines. Que tout le monde se rassure, je vais très bien. Si une bronchite m’a quelque peu ralenti, je reviens néanmoins partager avec vous cinq minutes de bon son, ayant donc eu tout le temps pour réécouter une partie de ma CDthèque.

Nouvelle pépite avec Monstre-toi, un des albums concepts de Jad Wio. Quicédonk Jad Wio ? Un groupe né en 1982 de la rencontre de Denis Bortek et Christophe K-Bye, que les fans vont vite renommer tout simplement Bortek et K-Bye. Caractéristique principale de ce duo phare du rock underground français : explorer divers styles musicaux et différentes thématiques selon les albums, tout en conservant une identité spécifique et unique. Textes ciselés de Bortek, musique inventive et débridée de K-Bye, tout est là et chaque album est une vraie pépite.

Nous allons donc plonger dans Monstre-toi, quatrième opus jadwioesque, après Cellar Dreams (1986) et Contact (1989), tous deux très marqués « fétichisme, bondage et sexe équivoque »*. Vient ensuite Fleur de Métal (1992), une « rêverie cosmique et romantique aux accents swedenborgiens »*, très clairement influencée par Blade Runner et réalisée sous la houlette de Bertand Burgalat.

Monstre-toi est une virée dans l’univers du film d’épouvante et des freaks. Tous les ingrédients sont réunis. Les personnages monstrueux ou hors normes tout d’abord : Jude Blatte pour Le cœur dans la bosse, l’agent Phyllis avec Allo Police, Victor dans le titre éponyme, le Diable omniprésent. Les scènes classiques ensuite : un Bal des fantômes, un accident-panne de voiture avec Car crash, la transformation (physique ou mentale) dans Transformation, les cauchemars enfantins dans Monstre-toi.
 
La partition, enfin, pour englober le tout. Certes, en 1995, K-Bye a quitté le groupe depuis déjà près de 3 ans, remplacé par Le Baron. Pourtant, la palette musicale de la galette est complète et reste fascinante. Le cœur dans la bosse sent le cabaret interlope, Car crash ou Lax 66 respirent le rock, Maldone est inquiétant à souhait. Le bal des fantômes accueille le Bachibouzouk Band d’Arthur H, ou la rencontre de deux univers aux identités très marquées. Nos oreilles passent dans toutes les pièces du manoir hanté, de la cave au grenier. Retour à la case départ et fin du voyage avec Mein Herz ist im Buckel (littéralement Mon cœur est dans la bosse). Autrement dit : le premier morceau du CD réenregistré en allemand sur une partition encore plus envoûtante.

Presque fin du voyage, puisque les plus curieux pousseront jusqu’au numéro 13, le « morceau fantôme » (quelle classe et quelle intelligence) avec une reprise débridée et explosive en français du Sweet transvestite du Rocky Horror Picture Show.

Disque monstre et fascinant, Monstre-toi sera le dernier de Jad Wio première époque. Le groupe se met en sommeil, avant un retour-renaissance depuis 2004. « Si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que vous êtes de l’Autre Côté » : écoutez Jad Wio, vous adorerez ou détesterez le voyage, mais, entre nous, il est si bon d’être de cet Autre Côté avec un des groupes majeurs du rock français.

*Les citations sont tirées du site officiel de Jad Wio, visitable en cliquant ici.

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Raf against the Machine

samedi 6 novembre 2010

The Age of Adz de Sufjan Stevens (2010)

Depuis son chef d'oeuvre Illinois en 2005 (réécoutez le sublissime Chicago par exemple qui devrait illuminer de suite votre journée), Sufjan Stevens s'est installé au banquet des grands songwriters américains de la décennie. Certes, à part un album reprenant les chutes de studio d'Illinois (Avalanche), un album de chanson de Noel, une BO assez électronique, Sufjan Stevens s'est montré assez avare en plaisirs auditifs ces cinq dernières années et l'on se sent presque déçu de voir qu'il a abandonné le projet pharaonesque et irréalisable de faire un album par Etat américain. Un EP All Delighted People, sorti il y a quelques mois, annonçait le grand retour aux affaires et c'est avec impatience que l'on va écouter cet album pour voir s'il confirme le talent entraperçu jusqu'alors.

1.Futile Devices nous paraît d'emblée familière, on se trouve en terrain connu. 2 minutes d'un plaisir simple, la voix de Sufjan s'accompagnant de sa guitare, le piano venant en cours accentuer la douceur du morceau. Finalement la véritable révolution en germe au sein de cet opus apparaît avec 2.Too much où l'on s'aperçoit que Sufjan Stevens a délaissé son banjo pour venir bidouiller les sonorités électroniques et s'adonner aux plaisirs de l'auto-tune. Une introduction expérimentale surprenante à base de sons aquatiques dignes d'Amon Tobin et de drums à la Animal Collective , en quelques secondes le ciel s'est assombri. Le retour d'acide est cependant vite annihilé quand la voix limpide de Sufjan Stevens vient reprendre le pouvoir. Too Much est un des morceaux les plus aboutis de l'album, par sa richesse instrumentale où les violons tentent de contrecarrer l'avancée impérieuse des drums. 3.Age of Adz, le titre éponyme de l'album, vient confirmer une des facettes principales de l'artiste, cette capacité à créer une pop orchestrale talentueuse. Certes celle-ci peut se montrer quelquefois exagérément grandiloquente (la première minute du morceau) mais les mélodies sont superbes et l'utilisation des choeurs et cuivres fort judicieuse.

4.I walked vient par la suite prendre modestement sa place au sein des pépites de l'album. Une belle mélodie pop-folk dans la droite lignée de la mélodie de Chicago et la voix de Sufjan qui se pose dessus tout en sobriété, ce qui contraste joliment avec la grandiloquence assumée du morceau précédent. Une douceur qui se retrouvera dans 5.Now that I'm older qui séduit principalement par ses choeurs féminins. 6.Get real get right est sûrement un des morceaux qui allie le mieux toutes les influences de Sufjan Stevens: auto-tune au début, les cuivres et les choeurs. L'ensemble est finement produit, à l'image de l'album.

Que dire de la suite, car il ne faut point trop en dire tout de même. 8.Vesuvius s'impose comme mon titre préféré de l'album, la force des choeurs s'alliant à merveille à une instrumentation plus originale à base de sonorités sud-américaines. J'apprécie aussi tout particulièrement la rythmique plus rapide de 10.I want to be well, titre orchestral qui monte inexorablement en puissance. Enfin, 11.Impossible soul, morceau inclassable de 25 minutes qui relègue loin derrière le Sibérian Breaks du dernier MGMT et ses 12 minutes, clot l'album de manière plus surprenante. Comme tout morceau particulièrement hétérogène je ne suis pas séduit par toutes les facettes du titre.

On pourra toujours discuter le fait que Sufjan Stevens se soit laissé séduire par les sonorités électroniques et ait quelque peu perdu de son atmosphère intimiste mais le résultat reste tout simplement brillant. Un des meilleurs albums de cette année 2010.




Sylphe

mercredi 3 novembre 2010

Clip n°10: One Hundred Realities de Chateau Marmont

Premier clip proposé par le quatuor parisien Chateau Marmont, un premier essai particulièrement réussi !

Animé et réalisé par le japonais Shinya Sato ce clip nous plonge dans une très belle atmosphère en s'inspirant clairement d' artistes comme Escher ou Dali. Sur un fond de vieux film en noir et blanc, une bille se balade dans un décor semé d'embûches, de labyrinthes et autres obstacles improbables, rappelant souvent les tableaux de Dali. Un enchaînement d'images hallucinées, de nombreuses illusions d'optiques à la Escher dans lesquelles notre regard fini par se perdre. L'esthétique est donc au coeur de ce clip totalement surréaliste. Fascinant, hypnotisant, juste superbe. Quoi de mieux pour servir une telle musique?


Chateau Marmont "One Hundred Realities"
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Emma